L'amour, à l'opposé du sentiment dit amoureux, est un don total d'une personne à une autre personne. Comme beaucoup d'humains l'ont dit avant et après lui, Jésus affirme: "aimer, c'est donner sa vie pour celui qu'on aime!", avant de donner l'exemple et de donner sa vie pour ses amis! Il est évident que cette définition entraine comme conséquence immédiate que "aimer" et "être" sont opposés, que celui qui aime, ayant donné sa vie, n'est plus là pour le dire. Vladimir Jankélévitch dit que cette contradiction n'est résolue que dans le "presque rien" de l'instant, le mouvement imperceptible de l'intention, juste après que le sujet aimant ait consenti à se désaisir de lui-même, moment où il n'aime pas encore, et juste avant qu'il ne se récupère dans un "je t'aime", moment où il n'aime plus, ou, du moins, son amour est mélangé à beaucoup d'autres choses, comme la complaisance, l'autosatisfaction, le narcissisme, l'intérêt, etc.
S'ensuit, comme autre conséquence, que cet amour purissime, transcendant et aérien comme l'intention doit, s'il est sérieux, prendre les moyens de s'incarner dans un acte, de s'inscrire dans le temps, et, donc, accepter les médiations et les compromis qui sont notre lot, à nous, les humains: il doit "se mélanger" avec toutes sortes d'intérêts parasites!
L'amour est donc la chose au monde la mieux partagée, puisque à la source de la moindre intention, et, en même temps, la chose au monde la plus "hors de portée". Dans la tradition judéo-chrétienne, la manière biblique d'exprimer ce paradoxe est: "Dieu est Amour".